mercredi 7 janvier 2015

Résignation


"Soumission" est le titre du dernier roman de Michel Houellebecq.
Il joue de ce mot et de ses différents sens:

Ce titre est d'abord la traduction en français du mot  Islam et signifie obéir à Dieu.
Titrer ainsi est logique compte tenu du cadre politique de son histoire et du rapport à Dieu du personnage principal dont il reconnait la puissance mais pas l'amour mais dont il ne peut se passer finalement.

La soumission est aussi une pratique sexuelle mise en mots dans Histoire d'O ou plus récemment dans 50 nuances de Grey mais dans le roman le personnage en a une vision ego-centrée: Recevoir du plaisir de la femme sans avoir à se soucier d'en donner. Il le tente avec ses amies qui le quittent, puis avec des call girls qui font de leur mieux pour le tarif fixé et se résigne à un futur polygame où l’obéissance des femmes lui permettra peut être d’éviter le don de soi.

Enfin la soumission dans une acception plus commune est  l’action de se soumettre, de se rendre, de  capituler après une lutte.
Pourtant point de lutte dans ce livre.

Michel Houellebercq nous décrit en effet la résignation morne d’un intellectuel autocentré, sans désespoir excessif, sans réels plaisirs, qui traîne son ennui interminable.
Pas de lutte de sa part, il a déjà baissé les bras depuis longtemps.
Il ne participe pas à la vie du monde par désintérêt pour ses semblables et n’a même ni le courage du suicide ni celui de la conversion réelle. 


© MIGUEL MEDINA / AFP

Il finit même par collaborer appâté par l’argent et la polygamie.

C’est surtout le portrait d’un homme anesthésié, paresseux de vivre et de risquer l’autre (famille, amis, amour et Dieu).

La trame de l’histoire n’a rien de nouveau dans la littérature et n’est pas sans rappeler « Matin brun ». 
Dans ces pages aussi on sent venir la "catastrophe" et personne ne bouge tant qu’il n’est pas concerné directement. Ça ne vote pas beaucoup non plus. Le résultat tombe et tout le monde s’adapte parce que finalement c’est plus simple, cela évite de se faire des nœuds au cerveau et à l’estomac. 
Mais là où "Matin brun" est un appel à réagir, Soumission est hors sol. Michel Houellebecq n’appelle à rien, il est résigné. Son personnage comme l’étranger de Camus parcourt son époque sans empathie, comme autiste.   
Rien de très nouveau, en somme, si ce n’est le cadre politique, social et moral qu’il  a adapté au temps. 
L'avenir qu'il pense pour l'occident est improbable mais son analyse du présent est assez juste et permet de poser les bonnes questions: Sommes nous aussi autocentrés, désabusés, lobotomisés par la recherche du plaisir et de la consommation? Notre capacité de réaction se borne t'elle à voter FN ou à ne pas voter ? Je pense que nous sommes capables de mieux que cela.

"Résignation" eut été un titre plus juste pour ce roman.

A lire pour comprendre qu'il y a une antidote:  

Risquer l’autre: Famille, amis et les autres, tous les autres et même soi et même l'Autre !

Changer nous même pour changer le présent et l'avenir ! 





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