lundi 3 février 2014

Soins ambulatoires sans consentement



Je me lance sur un sujet bien compliqué et je vais sans doute poser plus de questions qu’apporter de réponses d’autant que je n’y connais rien. Mon intérêt pour le sujet est lié à deux amis qui souffrent de schizophrénie.

Je vous pose le tableau :
Il est possible depuis quelques années qu’une personne en soins sans consentement puisse  être prise en charge en dehors de l’hôpital.

Dans le cas d’un ami, il doit venir deux fois par mois pour se faire administrer son traitement  par piqûre et il a un entretien par mois avec le psychiatre de la structure.
Ce ne sont pas des soins sous contrainte dit-on puisqu’ on ne peut en aucun cas le forcer à venir à ses rendez-vous. 
Toutefois je trouve que la menace d’une hospitalisation à plein temps s’il ne suit pas le programme de soins est bel et bien une contrainte. Quelle alliance thérapeutique peut-il y avoir avec cette épée de Damoclès.
D’autre part seul le programme de soins (medoc-psy) est obligatoire. 

Les autres propositions (ergothérapie, groupes de paroles etc) ne le sont pas. Le patient en ambulatoire peut se retrouver ainsi bien plus désocialisé que lors d’une prise en charge à l’hôpital à temps complet s’il ne trouve pas la motivation nécessaire pour sortir de chez lui en dehors des obligations.
J’ai cherché un point positif pour le patient en ambulatoire et j’ai lu que le fait de rester à son domicile permet de garder les liens affectifs et familiaux…
De quels liens parle-t-on ?
Mon ami souffre de schizophrénie depuis 10 ans. Il a déjà fait plusieurs passages en hôpital sous contrainte suite à des épisodes de crise. Suite à un nouvel épisode, il a été « orienté » vers les soins ambulatoires sous contrainte. Il passe ses journées seul car son épouse travaille, il ne sort quasiment pas car son traitement le fatigue ou l'abrutit et sa maladie l’amène à un repli sur lui-même. Restent les quelques interactions orales qu’ils partagent le soir (le matin il dort). Visiblement, ces soins ne lui permettre pas le confort de vie qu’il devrait avoir et je ne sais pas si ces entretiens mensuels avec le psy permettent à celui-ci de bien appréhender la situation.

En étant peut-être un peu outrancière je pense que cette nouvelle mesure permet non pas de traiter dignement les patients mais d’éviter les crises qui les amèneraient à l’HP. 
Une bonne camisole chimique pour limiter les frais et en aucun cas un traitement pour leur bien-être.
N’y a-t ‘il aucun accompagnement pour lui permettre le bien être dont il a tant besoin? Des intervenants à domicile par exemple pour évaluer in situ les conséquences du traitement, en informer le psy et pour nouer des rapports de confiance qui permettraient de l’amener peu à peu vers plus d’activité, de confort mental et qui sait une vraie adhésion thérapeutique ?
N’y a-t ‘il pas un vrai enjeu de dignité dans la façon dont nous accompagnons nos malades psychiques ?

J’en viens à mon deuxième ami.
Je l’ai connu il y a quinze ans. Il vivait reclus dans son logement après avoir perdu travail et famille. Il n’avait demandé d’aide à personne, ne sortant que la nuit et bien évidement il ne payait plus ses factures depuis longtemps.
Avec une autre amie, nous nous sommes relayées pour aller tous les matins le voir et nous assurer ainsi qu’il se levait ; Peu à peu, il a recalé ses horaires puis il a accepté de couper ses cheveux et sa barbe. Un peu plus tard, d’aller voir l’assistante sociale et enfin un psy. Ce cheminement dans la confiance établie lui a permis d’accepter sa maladie et de se soigner. Aujourd’hui, il réside dans un lieu de vie où il est bien. Il voit ses enfants régulièrement et participe à la vie de sa petite communauté.
Comme quoi c’est possible s’il y a un accompagnement. Certes le nôtre était bénévole donc gratuit et sans doute aussi pas très professionnel. Mais si des professionnels s’y mettaient, cela ne changerait-il pas beaucoup la vie de nos malades ?

Je ne pense pas détenir la vérité sur ce sujet (pas plus que sur d’autres d’ailleurs) mais j’ai voulu partager avec vous mes réflexions et mettre modestement en lumière sur mon petit blog la situation bien difficile de nos malades et leurs familles.

3 commentaires:

  1. Le chemin de votre ami n°2 tient en partie de ce que vous lui avez apporté votre amitié fidèle. La dignité se retrouve dans la relation personnelle gratuite et dans la possibilité d'apporter à son tour quelque chose aux autres.
    Les professionnels se placent à un autre niveau: Ils sont nécessaires soit parce que l'entourage directe (conjoint, parents) ne souhaite pas le mélange des rôles soit parce que l'épuisement a eu raison de sa bonne volonté. La difficulté est effectivement de durer, au-delà des rechutes.
    Merci d'avoir mis ces deux situations en parallèle.
    Laurore

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  2. Les médecins sont obsédés par le traitement et l'"insight" qui est la conscience qu'on a de la maladie. C'est leur métier, ils ont l'impression qu'il est sain de penser comme eux et que c'est la voie d'un mieux.
    Mais en vérité, c'est la stigmatisation liée au fait d'avoir perdu la raison qui pose vraiment problème aux psychotiques. Quelque chose qu'ils sont très peu capable de comprendre.
    Aller aux activités proposées par la psychiatrie de secteur c'est aussi s'exposer en permanence aux stigmates de la part des soignants, qui ne font en cela que suivre la doxa médicale qu'il faut avoir conscience de ses troubles, et on n'a pas toujours assez d'esprit pour leur poser des limites.

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  3. Enfin bref, je m'exprime mal, mais le message en gros c'est: "il est plus salvateur pour un malade mentale de surmonter le stigmate dont il fait l'objet que d'avoir conscience de ses trouble".

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