mardi 25 juin 2013

Faire monter la mayo


Ceux qui me connaissent IRL savent mon aversion profonde pour les extrêmes de tous bords en politique, en religion et  en général.
Non pas que je sois relativiste ou tiède car j’ai des convictions solides mais je suis partisane du dialogue, incompatible avec des positions extrêmes.  Je suis persuadée que l’on ne convainc  personne  en lui tapant sur la figure pas plus qu’on a fait évoluer l’opinion avec des méthodes de casseurs.
Je suis donc resté silencieuse sur certains évènements récents en attendant de pouvoir y comprendre quelque chose et en évitant de me laisser « exciter » par les tweets des uns et des autres, les articles sur le vif, et les prises de positions diverses et parfois avariées.


Cette position est assez fatigante en fait.
Il serait plus simple de hurler avec les loups de tous bords en vidant par la même occasion l’exaspération débordante que je partage avec mes concitoyens face au chômage, aux déficits, à l’immobilisme, à la pauvreté etc.

J’en reviens aux faits récents.



Il y a trois semaines, un jeune militant anti fasciste est lynché en place publique par une horde barbare et décède en martyr. Le premier ministre annonce qu’il va dissoudre les ligues, les manifestations  antifascistes  appellent au sursaut national contre un retour en 36.
Loin de moi l’idée de douter des bonnes intentions de ceux qui se sont rassemblés par exemple place Saint Michel mais si j’ai prié pour ce jeune homme et sa famille, j’ai préféré le faire chez moi. Oui j’ai prié pour lui car je trouve triste et stupide de mourir dans une bagarre entre jeunes qui ont « la tête près du bonnet ».
On semble découvrir aujourd’hui ce type d’échauffourées  et on nous renvoie aux pires années de l’entre- deux guerres. Pourtant, il y a trente ans (cela ne me rajeuni pas) je me souviens de faits semblables.
Déjà à l’époque,  je regardais mes camarades s’exciter en tentant de les faire sortir de leurs fantasmes de révolution et de contre révolution. Le temps a fait son œuvre sur leurs radicalités mieux que mes appels au dialogue du moment et c’est heureux.
Bref, devant la nouvelle,  j’ai pensé qu’il était urgent de se taire et d’attendre d’avoir une vision claire des faits.
Aujourd’hui, RTL  explique qu’il n’y a pas eu lynchage mais juste une bagarre ultra-violente entre deux bandes…


Autre fait récent, un jeune homme odieusement envoyé pour deux mois en prison pour motif politique.
A nouveau, Twitter et FB s’enflamment, les manifestations s’organisent, chacun y va de son couplet sur le martyr de la cause.  Oui je sais, cela n’a rien à voir, il n’y a pas eu de mort dans ce cas, pas plus qu’il n’y a eu de vitrines brisées lors des manifestations de soutien. Mais je ne peux m’empêcher de trouver les réactions disproportionnées.
Parler de prisonnier politique et de martyr ? Il faut savoir raison garder.  Je vous renvoie pour les faits, tenants et aboutissants au billet d’Eolas.

Le dernier fait en date, une expo de photos dans une mairie parisienne sur le thème de la famille homoparentale a été saccagée.  Le vernissage de cette expo est maintenu. Chaque photo sera exposée en double. A côté de la photo réimprimée, celle qui a été abîmée montrera aux yeux de tous que les réactions violentes sont imbéciles et contre-productives.  Certains disent qu’exposer ces photos dans la rue est une provocation. L’artiste est en effet militant mais répondre ainsi à la « provocation » est une ânerie sans nom.  Chacun est libre d’exprimer ses idées.
Je ne suis malheureusement pas une photographe d’art mais je pense qu’une expo sur  des familles roms, SDF, mal logées serait un bon moyen de recentrer le débat  sur ce qu’est une famille victime de phobie sociale, celle qui n’intéresse personne parce que bon, c’est moins fun non ?
Du coup je vous  confie ce web-reportage  à partager sans modération ici  

Pourquoi ce billet me direz-vous ?
Pas pour jeter de l’huile sur le feu mais pour lancer un appel à la responsabilité aux aînés, qu’ils soient dans les médias, le monde politique, sur internet ou dans leurs familles.
S’enflammer  à la seconde c’est normal à vingt ans me dit-on.
Pourtant je connais de nombreux jeunes sont déjà capables de prendre le temps de discerner avant d’agir. Ce ne sont pas des mous ni des blasés, ils ont des convictions fortes mais ils ont déjà compris que malgré le champ lexical très guerrier des opinions, le dialogue est la seule voie qui permette de faire avancer ses idées et cela même lorsqu’il semble que l’on s’adresse à un mur.
S’enflammer à la seconde lorsque l’on  est adulte relève à mon avis d’une conduite irresponsable et notamment vis-à-vis des jeunes.
Pourtant je connais des adultes qui consciemment appellent  à la révolte au nom de convictions que je partage parfois et qui à mon sens font du mal à nos idées et à nos jeunes.

Je ne pose pas en juge, j’ai moi aussi mes accès de colère, mes envies de tout casser, des fantasmes d’île déserte loin de ce monde pourri mais j’ai aussi un conseiller qui me rappelle de façon incessante lorsque je râle et me désespère, qu’il me protège y compris contre moi-même.  
Rejoignez moi son mon arbre, y a de la place pour tous.

2 commentaires:

  1. Merci pour ces propos.
    J'ai bien envie de venir vous rejoindre sous votre arbre.

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  2. j'avoue que je regarde maintenant avec circonspection les analyses de Eolas depuis qu'il m'avait convaincue de retirer un tweet qui portait un lien vers un témoignage du père de Anne Lorraine (victime d'un tueur). son argument grosso-modo était que ce type était un "con". il y a 2 ou 3 ans. je lui avais fait confiance à l'époque, pensant qu'il n'avait pas le temps de développer parce qu'il était surbooké.
    les récents évènements m'ont montré que ses analyses pouvaient être d'une autre teneur que celle que je croyais.
    Son billet à charge contre Nicolas ne correspond pas à ce qu'en a dit son avocat ni à son témoignage.
    les interpellations qu'il montre en vidéo ne correspondent pas à la sienne, qui s'est produite dans un restaurant où il s'était réfugié, pensant être poursuivi par des antifas, car les policiers qui s'occupaient de son cas étaient, eux, en civil,
    Et aucune mention de ce policier qui l'avait suivi en le filmant depuis la sortie de la manif autorisée, ce qui est un peu troublant: pas de filmer, j'admets que les policiers ont besoin eux aussi de preuves, mais de LE suivre personnellement puis de ui réserver un traitement différent des autres, c'était un peu monté, tout de même.

    bref, je crois que ce billet d'Eolas, qui est de nature à protéger le gouvernement en faveur de qui il a voté et qu'il défend bec et ongles depuis un certain temps, au point de s'être attiré l'antipathie de nombreux anciens amis sur twitter, n'est pas objectif.

    si j'avais envie d'être moi aussi subjective, je dénoncerais une démarche opportuniste. mais pour le moment, je n'en suis pas encore là. je l'en soupçonne juste.

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