Lorsque je pense à la Syrie, les premières images qui me viennent
à l’esprit ce sont celles des manifestations à Beyrouth qui réclamaient la fin
de l’occupation du Liban par l’armée syrienne.
Les foules non violentes et finalement presque festives qui
reprenaient en cœur des slogans chantants.
« Eh yalla, Sourya tla barra. »
Des gens venus de partout encore ébahis de leur culot et déjà victorieux de
leur peur avant de l’être de l’occupant.
D’un coup, le monstre syrien réel mais aussi fantasmé est devenu une baudruche dégonflée.
Les militaires si effrayants quelques jours plus tôt se révélaient
être des pauvres hères aux uniformes dépareillés et défraîchis qui n’étaient
finalement effrayants qu’en ce qu’ils représentaient, la Syrie occupante.
La Syrie, c’est aussi les visages des ouvriers syriens sur
les chantiers.
Des gamins venus au Liban chercher du travail, que l’on
imaginait à tort ou à raison être des espions mais qui nombreux se sont réjouis
de la fin de l’occupation du Liban par leur pays.
La Syrie, c’est encore le souvenir des frères ébénistes de Bab Touma à Damas, qui
inlassablement réalisaient des objets en marqueterie d’une finesse jamais
égalée ailleurs.
Les familles croisées sur les routes à 5 sur une mobylette,
ces gens toujours accueillants dans la simplicité et l’ouverture, souvent très
pauvres et souvent terrorisés par l’arbitraire et l’injustice.
Ces gens finalement, ont eux aussi pris leur courage à deux
mains pour demander la fin de l’occupation de leur propre pays par un occupant
de leur propre pays.
La peur a changé de camp
La baudruche monstrueuse tarde à se dégonfler mais le voile
est tombé.
Toute monstrueuse qu’elle soit, c’est une baudruche qui va
se dégonfler.
Le lion a perdu sa crinière et devient un chat galeux.
Boukra, Inch Allah.
Bachar el Assad vient de rentrer dans son fief de Lattaquié au
bord de la mer. Encore un pas et il prendra le large.
Demain, si Dieu veut.


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