jeudi 12 janvier 2012

Plaidoyer pour la Syrie


J’ai habité quelques années au Liban et me suis rendu souvent en Syrie.
La Syrie, ce fut d’abord pour moi, les Moukhabarat qui épiaient et l’armée qui occupait le Liban.  Puis j’ai rencontré des ouvriers syriens qui travaillaient devant chez moi. Des hommes pacifiques, qui étaient venu chercher au Liban du travail.  
J’ai passé plusieurs fois la frontière pour me rendre à Damas, Homs, Lataquié etc. Partout, j’ai rencontré des gens accueillants, et ouverts mais aussi des gens muselés par un régime de fer. Beaucoup migraient alors pour des raisons économiques mais aussi pour des raisons politiques.
Le régime d’Assad s’est autoproclamé défenseur des minorités et garant de la paix civile en confisquant le pouvoir et beaucoup, en voyant l’éclatement de l’Irak voisin ont voulu  continuer à y croire.  


La peur de la majorité sunnite, je ne l’ai jamais ressentie  en Syrie car depuis  toujours les communautés chrétiennes, alaouites, sunnites et druzes vivent en bonne entente et dans le respect. Au quotidien à Damas comme ailleurs, la vie quotidienne était commune, la différence n’était pas stigmatisée.
 Dans les restaurants, les souks, tout le monde se côtoyait. Toutefois, lors de ma visite à Alep, un malaise diffus m’a saisi.


J’y ai vu pour la première fois en Syrie, des femmes en niqab noirs. Dans le quartier arménien, pas de femmes dans l’espace public. Des réflexions d’hommes sur mon passage parce que je n’étais pas voilée.  Alep est la terre des frères musulmans et cela se sentait.
La majorité de la population syrienne est sunnite et pratique sa religion comme le faisaient ses ancêtres mais depuis quelques années, les Frères musulmans veulent importer en Syrie comme ils l’ont fait en Egypte, le wahabisme. Durement réprimés par le régime Assad, ils n’ont pas pu, comme en Egypte mailler la société en répandant les mannes caritatives financées par les Saoud. Mais ils sont bien là.
Au début des manifestations, nous avons assisté à des soulèvements pacifiques. Des familles qui descendaient dans la rue poussées par la situation économique. Il y avait surtout  un ras le bol de la mafia mise en place par le pouvoir.  Ils continuent stoïquement cette démarche pacifique malgré la répression. Je trouve leur mouvement courageux et digne. Parallèlement,  d’autres ont pris les armes et là, je suis moins à l’aise. Certes, les Syriens ne peuvent pas se laisser abattre sans rien faire mais  qui est cette armée syrienne libre. Soutenue par le Qatar et l’Arabie saoudite, rejointe par des combattants libyens, afghans etc…
Les sunnites représentent 74% de la population. Sont-ils donc tous dans la rue ? Les minorités chrétiennes, druzes et autres se tiennent-elles à l’écart du mouvement par une fidélité profonde à Bachar ou par peur de voir la Syrie tomber aux mains des frères qui comme le dit le Père Georges du village de Qara  « veulent purifier la Syrie des Chrétiens ».
Pourquoi intervenons-nous ?
Pas par un soudain devoir d’ingérence humanitaire, ne nous leurrons pas.  L’occident a choisi les Frères musulmans pour prendre le relai des dictateurs et pour couper les alliances avec l’Iran qui est le nouvel ennemi à abattre. Bachar el Assad n’est pas un saint, c’est sûr, mais a-t-on vraiment donné une chance aux négociations. Je suis sceptique. En Syrie, comme en Irak, et en Egypte, nous accordons notre soutien aux wahhabites.
Certes me direz-vous,  le conseil national Syrien reconnu par la France est composé aussi de politiciens laïcs mais regardons ce qu’il est advenu des laïcs démocrates en Egypte.
Oui Bachar doit partir mais pas pour pire. 
Alain Juppé a prévenu « nos amis chrétiens de Syrie en particulier. Ce qui m’inquiète un petit peu, c’est la façon dont ils collent totalement au régime », les invitant à « réfléchir bien à l’avenir, car ce régime n’a pas d’avenir ». Quel cynisme,  car dans la solution prônée par l’occident, ils n’ont pas d’avenir non plus.
La France qui protégeait déjà  les chrétiens d’Orient du temps de François premier et de Louis XV a décidé de les abandonner et avec eux tous les syriens qui veulent le changement mais pas le wahhabisme.  


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