jeudi 9 février 2012

Donner et recevoir.



Février, c’est le mois des reçus fiscaux de dons qui nous permettront de diminuer nos impôts. En les rangeant, plusieurs questions me viennent.

Donner
Ces dons que représentent-ils pour moi ?
Un quitus moral (j’ai fait ma part)  assorti du soupçon d’orgueil  (avoir le pouvoir de donner) et d’un brin de dédain (que feraient-ils sans moi ?).  Bien sûr, la réflexion me permet de dépasser cette étape. Car la charité [ ] ne plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, [ ] elle ne cherche pas son intérêt [ ]mais elle trouve sa joie dans la vérité (Co 13, 1-7. 13).
Je sais bien que ces dons qui m’exonèrent d’une part de mes impôts, ne m’exonèrent pas de l’amour source de la charité.
C’est en revenant à la source, que le don prend son sens en vérité.
- La charité du Seigneur est sans bornes. Lorsque je donne, je ne suis que l’instrument de cette charité universelle. Je n’en fais donc jamais assez  et je n’ai pas à en tirer orgueil.
- Mon droit de propriété n’a de sens que s’il est assorti de la prise de conscience de la destination universelle des biens.  En donnant, j’exerce ma responsabilité sur ce point. 
La charité n’est-elle que dons matériels ?
La charité est bien plus, «Instruire, conseiller, consoler, conforter sont des œuvres de miséricorde spirituelle, comme pardonner et supporter avec patience» (CEC, 2447). La charité dépasse largement le don matériel aux plus pauvres, Près de l’autre, il me faut l’aider  à se relever lui-même, l’accompagner sans l’écraser, le soutenir sans le porter. La charité, c’est vouloir le bien de l’autre et le bien dépasse largement l’aspect purement matériel. La charité s’exerce auprès des pauvres, et ne sommes-nous pas tous pauvres ?

Recevoir
Suis-je prête à recevoir la charité ?
Il est plus facile de faire la charité que de l'accepter.
 Il est finalement assez confortable de faire la charité même dans ses aspects les plus exigeants c’est-à-dire en dépassant l’aspect distributif.
Mais est-on prêt à la recevoir ? Recevoir la miséricorde divine, la charité divine est en fait assez simple intellectuellement. Mais accepter que celle-ci passe par les gestes charitables de mes prochains à mon égard, c’est une autre paire de manches. Cette question, je me la suis posé pour les pauvres. Recevoir la charité peut être ressenti comme une humiliation pour eux. Mais finalement, n’ai-je pas moi aussi ce reflexe.
Lorsque je suis malade, recevoir une aide gratuite de mes voisins ou même de ma famille ne m’est pas facile. Bien souvent, je préfère une aide payée qui me dédouane du sentiment de dette. Je pense aussi à ces parents vieillissants qui ne veulent pas être à la charge de leur famille. Quel est le sens de leur démarche.  Pourquoi préfèrent –ils des aides payantes et subventionnées que l’aide de leur famille ?. Peut-être ont-ils peur de recevoir une fin de non-recevoir s’ils demandent à leurs enfants. Certains enfants n’ont certes pas les capacités en finance et en temps pour aider leurs parents mais d’autres le peuvent.  Peut-être, trouvent ils humiliant de recevoir de l’aide de ceux qu’ils ont, eux même aidé pendant tant d’années.
Peut-être simplement, a-t-on perdu la notion du don gratuit qui n’entraine aucune dette parce qu’il est amour.
Gratuitement
Dans nos sociétés occidentales, tout acte à sa contrepartie financière immédiate, y compris la charité (cf. les dons défiscalisés)  Tout  chose reçue sans contrepartie est une dette. Et pourtant …
Je me rappelle avoir croisé un paysan sur la route de Saint Jacques. Je m’étais perdu. Il avait  arrêté son tracteur, traversé son champ pour m’indiquer la bonne route. Quand j’avais voulu le remercier, il m’avait  répondu : «  Ça sert à quoi d’être sur terre si on n’aide pas les autres ». J’avais repris ma marche en méditant ses paroles. Et par la suite, j’ai bien souvent répété moi aussi cette parole établissant ainsi une chaine de charité gratuite et universelle.
Oui j’accepte la charité des autres car demain je pourrais la donner à mon tour. Oui je fais la charité car demain, je pourrais la recevoir à mon tour. 

Nous avons tous besoin de charité, riches ou pauvres parce que nous  avons tous besoin d’amour.   Cet Amour qui s’incarne dans l’autre pour qu’il me donne et  en moi  pour que je donne gratuitement des gestes d’amour. 

1 commentaire:

  1. Très beau billet!

    "Peut-être simplement, a-t-on perdu la notion du don gratuit qui n’entraine aucune dette parce qu’il est amour". Tu cites l'exemple de la maladie, mais c'est valable pour tout: accepter la charité de l'autre sans chercher à lui "rembourser", à lui rendre la pareille. Enfin, on se doit d'être charitable avec lui bien sûr, mais de manière gratuite, ni pour acheter, ni pour rendre. Accepter que ma coloc m'apporte un thé pour me faire plaisir, finalement, c'est pas si facile ;-)

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