mercredi 9 novembre 2011

Le visage de l'autre

"Les échanges financiers dépendent plus désormais de la technologie que de contacts humains. Cela pourrait en partie expliquer pourquoi la notion d'obligation morale s'est estompée" 
Gilles Fraser (chanoine démissionnaire de la cathédrale St Paul à Londres.) 

En effet, quelle éthique est envisageable lorsque l'on est pas interpellé par ce que Levinas appelle le visage de l'autre.
Gilles Fraser réfléchissait sur les échanges financiers et son analyse me parait correcte. Comment un trader vissé à son écran peut'il prendre conscience des conséquences de ses choix d'investissement s'ils ne représentent pour lui que des chiffres et s'il ne perçoit pas derrière ces "quantités" le visage de celui qui sera impacté.
Mais cette citation peut s'appliquer à d'autres domaines.
On pense immédiatement aux guerres par drones interposés version battlefield auxquelles se livrent des militaires" pour de vrai".
Mais à l'ère des mails, sms et autres échanges électroniques, comment être interpellé par le visage de l'autre qui me renvoie à mon obligation éthique personnelle.
Mes interventions lors de débats acharnés sur la toile, les ferai-je de visu.
Les commentaires parfois brillants mais souvent acerbes, les ferai-je devant mon interlocuteur s'il n'était pas virtuel.
S'il n'est pas toujours possible de rencontrer "in real life" mes "amis" virtuels, un effort de visualisation de l'autre me parait nécessaire pour habiter le web en vérité.
Enfin et pour l'anecdote, j'aurai bien croisé le regard de l'employée du Mac Do ce midi. Mais il était fixé sur l’écran qui affichait déjà la prochaine commande. Pourtant mon sourire n'était pas virtuel lui et il lui aurait certainement fait du bien.



1 commentaire:

  1. Très bon article. La question du monde virtuel est au coeur de notre temps.

    La polémique, terrible, de ces dernières semaines sur l'affaire Castellucci est en grande partie due au monde virtuel. Les blogs, les forums, Facebook, Twitter ont été des champs de batailles virtuels où un grand nombre d'entre nous (je me mets dedans) se sont étripés. Il y a toujours une bonne raison au départ, une conviction sincère. Mais l'absence de contact réel avec l'autre a fait sauter les limites de la convenance sociale. Devant un écran on se lâche...sans savoir que des centaines d'inconnus peuvent nous lire.

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